LE SEL DU MAROC
LE SEL DU MAROC
Proposé par Ali GADARI
Dangers pour la santé.
Le sud, zone rouge . Contrôle dispersé et inefficaceTrès peu de Marocains connaissent les risques liés à l’utilisation d’un sel de mauvaise qualité. Et même s’ils le savent, ils sont indifférents. Pour peu qu’ils aient le goût. Une étude de l’Association marocaine de la production et de l’industrie du sel (AMPIS), présentée hier après-midi à Casablanca, dresse un bilan alarmant. Les consommateurs demeurent indifférents à la qualité du sel qui, selon eux, ne remplit qu’une fonction gustative. Et ce, quel que soit le niveau social ou d’instruction. Il est vrai que sur le volet économique, l’impact de l’industrie du sel est quasi nul. Mais le véritable enjeu est relatif à l’aggravation des dépenses de santé due à la consommation d’un sel contenant des substances nocives. Le sel est un aliment qui se consomme tous les jours. Quand on sait que 94% des ventes se font via le circuit informel, alors il y a vraiment de quoi s’inquiéter. En réalité, l’industrie elle-même ressemble à un marécage. Equipement archaïque, contrôle inefficace, dumping, analphabétisme… Le plus grand danger est incarné par la région du sud, qui représente plus de la moitié de la production nationale. Cette région, très riche en sebkhats (ce sont des superficies qui longent la plate-forme côtière du Sahara), est considérée comme le fief de l’informel. Le sel produit par les deux sebkhats en activité, Tislatine et Tazgha, n’est soumis à aucun contrôle en matière de destination. Le sel extrait est transporté à très grandes quantités pour être distribué aux autres régions. Il est vendu en vrac et dans des conditions peu hygiéniques. «Naturellement, les prix défient toute concurrence», souligne l’étude. La tonne est vendue à 63 DH (sortie carrière). Alors que dans d’autres régions comme Casablanca par exemple, le prix moyen pratiqué atteint 700 DH. A Fès, il s’élève même de 725 DH. Ce qui rend cette différence des prix si énorme, c’est que le sel n’est pas re-traité dans le sud. Il est vendu en vrac et bon marché. Mais on ne sait pas combien gagnent les fabricants (marge bénéficiaire). Car les coûts de production ne sont pas connus (ou n’ont pas été communiqués) que ce soit dans le sud ou dans les autres régions productrices.De quoi se poser des questions. Mais en fait, combien cette production pourrait-elle coûter? Les équipements sont archaïques et il y a très peu d’investissements. Dans les régions côtières, les outils de travail se limitent à des brouettes, des pelles, des râteaux pour le ramassage du sel et des tracks pour le remplissage des camions. Le séchage se fait de manière naturelle. Dans les bassins éloignés de la côte, la plupart des exploitants creusent manuellement des tranchées et attendent que la force des vents les remplissent. Seul un exploitant, explique l’étude, possède une unité de lavage, exploitée accessoirement car la demande est axée sur le sel brut.Il y a très peu d’investissements dans cette industrie. Les professionnels épinglent le système bancaire qui, selon eux, ne dispose pas d’instruments de crédit pour ce genre d’industrie lourde. «Certains dossiers mettent des années avant de se voir refuser le financement», précise-t-on. Ce qui aggrave l’anarchie et les risques sanitaires, c’est l’inefficacité du contrôle. Il existe six entités ministérielles chargées de veiller à l’application des prescriptions en matière de fabrication du sel: Santé, Mines, Agriculture, Commerce… mais officiellement, c’est la direction de la Répression des fraudes qui est chargée par excellence de la vérification de la qualité des aliments.Chaque «contrôleur» agit à part, selon sa propre interprétation des textes et parfois, empiète même sur le terrain de ses collègues. Dans des cas pareils, cela aboutit à une dilution des responsabilités. A qui la faute en cas d’incident? D’autant que les associations de consommateurs ne sont pas assez actives.. Cap sur l’export!Pour sortir l’activité de la crise, l’étude présente une stratégie de développement basée sur trois objectifs: développement durable, production d’un sel de qualité et enfin sensibilisation et implication des intervenants.Ainsi, l’activité a besoin de véritables investisseurs structurés et disposant de fonds pour la production d’un sel de qualité. Le Maroc, précise-t-on, dispose d’importantes réserves. Encore faut-il les évaluer exactement!C’est dans la région du sud, foyer de l’informel, où il faut investir le plus car le sel produit est impropre. Le coût de son retraitement est très élevé. En plus, il faudra moderniser les équipements, le séchage, le circuit de distribution… Le but ultime étant de mettre le cap sur l’export. Ouverture des frontières oblige! La compétitivité sera rude avec l’arrivée d’un sel étranger au même prix, mais de meilleure qualité. L’Etat doit mettre aussi son grain de sel à travers des allégements fiscaux. Comme tous les autres patrons, les industriels demandent à l’Etat de faire un geste. Ils ressortent l’argument classique: la revalorisation du salaire minimum et la TVA pour les coopératives ne faciliteront pas la réduction de l’informel.
Selon les données disponibles en 2000, seulement 26,2% des ménages utiliseraient le sel iodé avec une disponibilité encore très répandue du sel alimentaire non iodé sur le marché. Cette situation inquiétante est confirmée par l’étude de l’Association des industriels du sel. Le Maroc est parmi les pays où la sévérité de la carence en iode est «modérée» avec des régions à haute prévalence. Dans un rapport de l’Unicef en 2001, on estime que la carence en iode coûte au Royaume l’équivalent de 1,029 % du PIB en vies perdues, soit 2.722 millions de dirhams par an. Le goitre, maladie en voie de disparition dans les pays développés, persiste d’une façon endémique. Il existe aussi d’autres dysfonctionnements liés à la carence en iode comme l’hypothyroïdie. Cette maladie est à l’origine du retard mental chez les enfants, déficits moteurs, retard de croissance... Une étude nationale, qui a été effectuée sur 1.594 enfants d’âge scolaire de 6 à 12 ans, a montré un taux de goitre de 22% chez ces enfants. Par ailleurs, plus des deux tiers des enfants ayant un goitre vivent dans des régions où la prévalence est supérieure à 30%.
Chasse à l’iode
A cheval entre l’agroalimentaire et l’industrie, l’activité revendique sa spécificité. Elle demande une mise à niveau sur mesure et des outils de financement adéquats. A charge pour elle d’assainir ses méthodes de travail. Mais sans contrôle efficace, le système de traçabilité sera voué à l’échec. Car le poids de l’informel est terrible. L’Etat doit sévir en cas de fraude. L’étude appelle à l’instauration de sanctions pénales pour la production du sel non iodé. A noter que l’insuffisance en iode entraîne des maladies comme le goitre, l’hypothyroïdie, la diminution de la fertilité, et un tas d’autres pathologies. Une cellule de surveillance de la production et du conditionnement doit être ainsi créée. Pour plus d’efficacité, le contrôle doit aussi être officieux. Il faudra penser à infiltrer les réseaux de vente du sel alimentaire, notamment celui destiné aux écoles et collectivités.Les industriels du sel savent que c’est en sensibilisant sur les dangers sanitaires que leur message touchera le plus de monde. Et par la même occasion exterminera leurs concurrents illégaux. Alors ils appellent à des campagnes d’information sur la gravité du sel non iodé. Il faudra, selon l’étude, que l’indication «non iodé»» apparaisse sur le produit.De cette manière, les producteurs qui «iodent» seront localisés et isolés. Cette démarche sera infructueuse si le consommateur reste indifférent à la qualité du sel. Il faut toucher «les écoles par des affiches publicitaires et sensibiliser les analphabètes». Vaste projet. En somme, c’est tout le Maroc qu’il faudra sensibiliser.


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