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Au congrès du PCF, Roussel rit, Laurent pleure







Au congrès du PCF, Roussel rit, Laurent pleure

Par Rachid Laïreche, Photo Rémy Artiges — Proposé par Ali GADARI

Fabien Roussel à Ivry-sur-Seine, vendredi.
Fabien Roussel à Ivry-sur-Seine, vendredi. Photo Rémy Artiges pour Libération

A Ivry-sur-Seine, le rassemblement du Parti communiste a commencé vendredi par la passation de pouvoir entre le sénateur de Paris et le député du Nord.

Vendredi matin, sur les hauteurs d’Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), le brouillard masque la vue. On marche, à l’à peu près, à la recherche du gymnase qui abrite le 38e congrès du Parti communiste français (PCF). Soudain, une pancarte rouge accompagnée d’un slogan - («Osons la révolution !») -, indique le chemin. Sur place, Pierre Laurent a déjà séché ses larmes. Un peu plus tôt, le sénateur, qui vient de filer les clés du parti à Fabien Roussel, a prévenu les siens : «Vous pourrez toujours compter sur moi.» Standing ovation. Une proche nous confie : «C’est rare de voir Pierre pleurer. Les seules fois ou je l’ai vu, c’était lors des enterrements.» Dans les travées du gymnase, le nouveau chef, lui, a le sourire. Roussel a le droit à des tapes sur l’épaule et aux sourires. Il a l’air d’aimer la lumière.
Avec une pointe d’exagération, un observateur aguerri nous a livré la nouvelle photo de famille : «Pierre Laurent, c’est le fond sans les punchlines et Fabien Roussel, c’est les punchlines sans le fond.» Du pain bénit pour les journalistes. Près du bar, entouré de micros et de gratte-papiers, le député du Nord est à l’aise. Il livre son style : «Je souhaite que le PCF soit plus dans l’action avec les gens, nous devons programmer des coups d’éclat, il doit y avoir des gilets jaunes et gilets rouges.»Fabien Roussel, conscient que personne ne peut «s’en sortir seul»,rencontrera dans les prochains jours les dirigeants politiques et syndicaux afin de «recoller les morceaux de la gauche émiettée». Mais il ne compte pas pour autant laisser de côté «l’identité» du PCF. Pas question de zapper une nouvelle fois la présidentielle.
Priorité.Lorsqu’on lui rapporte les critiques de certains de ses camarades qui jugent que le PCF se renferme sur lui-même, le nouveau range son sourire et interroge : «J’ai une gueule d’identitaire ?» Au sujet des élections européennes de mai, Fabien Roussel ne se mouille pas vraiment. Les communistes ne ferment aucune porte. Les discussions reprendront après le congrès. Pour le moment, la ligne reste : Ian Brossat est tête de liste et «bienvenue» à tous ceux qui veulent se ranger derrière nous. Une stratégie sans succès garanti, l’adjoint d’Anne Hidalgo ne décolle toujours pas dans les sondages. Logique pour les communistes, «la campagne n’a pas vraiment débuté», disent-ils.
Avant le lancement du congrès, Fabien Roussel avait affiché sa priorité : le rassemblement de son parti. Un combat compliqué. La députée Elsa Faucillon n’approuve pas la stratégie, elle espérait un rapprochement avec La France insoumise. Du coup, malgré les discussions, elle refuse de faire partie de la direction. Une petite défaite pour le nouveau chef, le PCF ne sera pas «uni» dimanche lorsque les lumières du gymnase s’éteindront. Il ne se démonte pas. Le député respecte «le choix» de sa collègue à l’Assemblée. Néanmoins, on s’attendait à une ambiance plus électrique dans les couloirs. Mais les communistes ont l’air heureux de passer le week-end ensemble malgré tout.
La journée est étrange pour Pierre Laurent. Après dix ans à la tête du parti, tout le monde lui lâche des sourires, des clins d’œil, des «ça va ?»Comme s’il vivait un drame. Le sénateur s’installe à table, entouré d’une poignée de journalistes. Il revient sur ses larmes du matin : «Je suis un grand sensible dans la vraie vie. Durant mes mandats, j’ai vécu des moments forts avec les militants et les émotions sont remontées.» Pierre Laurent dit échanger «beaucoup» avec son successeur afin de lui expliquer les règles du jeu, «les choses à prendre en main», notamment la gestion «humaine et financière».
«Match».Le Parisien est heureux de voir que le texte de la direction, celui que les militants ont choisi lors du vote, a introduit les «points qu’[il] défendai[t]». Un militant communiste : «La direction sortante a tout réécrit car ce que voulait une partie des militants et dirigeants, c’était la tête de Pierre, ce n’était pas un problème de fond.» Puis le sénateur tente de mettre les choses au clair : il respire toujours et il se «projette»dans sa nouvelle fonction, celle de responsable du parlement interne. Il ne compte «pas refaire le match» ou se comporter comme un «numéro 1 bis», ou «président d’honneur». Comprendre : le nouveau chef, c’est Roussel. Mais ça, le député du Nord l’avait déjà compris. Maintenant, il va falloir cohabiter.
Rachid Laïreche Photo Rémy Artiges

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