L'Habituée Négresse Tiré du recueil de nouvelles érotiques de Paul Edouard GOETTMANN
L'Habituée
Négresse
Tiré du recueil de nouvelles érotiques de Paul Edouard GOETTMANN
Au
bout du chemin de Birloton, le chemin de l'Habituée Négresse descend sur la
rivière, là une dalle en béton interrompt le courant et permet de traverser
pour se rendre dans les bananeraies du morne. Quelques rastas y travaillent la
journée, certains restent la nuit pour fumer des joints tranquillement dans des
cabanes en tôles. J'aime la rivière en cet endroit accidenté, au fort courant
léchant les pierres et les rochers qui s'accumulent dans l'eau vive. Il n'est
pas rare d'apercevoir des racoons sur les abords. Les branches pourries par les
termites, sonnent à chaque coup de bec des pics de Guadeloupe dans d'étranges
rythmes. Si l'on remontait la rivière, quelques ouassous se laisseraient
pêcher ! Je reste de longues heures assis sur un rocher au bord de l’eau,
sous le manguier, à lire ou tout simplement à ne penser à rien et à tout !
Au coucher du soleil c'est sublime, l'ombre qui dormait couvre maintenant tout
un côté de la rivière. Le chemin a disparu, l'eau de la rivière brille sous la
lune, la chute produite par la dalle en béton scintille comme au 14 juillet,
c'est le moment choisi pour évacuer les lieux.
***
Ce
chemin a une histoire qui m'interpelle chaque fois que je passe devant le
panneau intitulé : « l'habituée Négresse ». Au milieu du chemin, à droite
en descendant à la rivière se trouve une toute petite case en tôles entourée
elle-même de tôles de récupération. Impossible de voir à l'intérieur. C'est
très curieusement isolé, mais il y a une vie à l'intérieur ; le caquetage
des poules en donnait confirmation ainsi que quelques fumées qui de temps en
temps léchaient le toit !
Un
soir en remontant dans la lumière des phares j’aperçus devant la case en tôle
une forme qui me faisait signe. Ayant stoppé, une femme dont je voyais mal le
visage, un gros sac poubelle à la main me demanda si je pouvais l'emmener au
bout du chemin pour déposer ses ordures. Service facile à rendre, il y avait
deux cent mètres à couvrir. Quand elle rejoignit la voiture, je m’aperçus que
cette femme claudiquait. Elle m'expliqua que tombant de vélo enfant elle en
avait gardé la jambe raide. Elle m'invita à boire un punch. La case était toute
petite mais bien tenue, propre, bien rangée. Un lit dans le coin avec les draps
bien tirés, une toute petite armoire et un évier en céramique blanche. Où
prenait-elle de l’eau ? La réponse suit, c'était un rasta qui lui
remontait un seau plein d'eau de la rivière chaque jour et elle me fit
comprendre en s'amusant qu'elle payait ses services avec sa féminité.
J'avais
pris l'habitude de klaxonner quand je passais devant sa case ainsi elle savait
que je repasserai le soir. Pour lui éviter de monter ses sacs poubelle, je m'en
occupais. De temps en temps elle me servait un ti-punch après m'avoir claqué un
baiser sur la joue. Je n'ai jamais connu son nom, nos baisers étaient chastes,
jamais il n'y eu autre chose que le plaisir de converser ensemble.
Un
jour, la fumée avait disparue emportant la femme de l'Habituée Négresse avec
elle.....

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