COMMENTAIRE. Célibat des prêtres : Benoît XVI sort de sa réserve
COMMENTAIRE. Célibat des prêtres
: Benoît XVI sort de sa réserve
Dans un livre coécrit avec le cardinal Sarah, le pape émérite appelle
François à ne pas ordonner d’hommes mariés. Cette prise de
position met la pression sur son successeur. Est-ce légitime ?
François à ne pas ordonner d’hommes mariés. Cette prise de
position met la pression sur son successeur. Est-ce légitime ?
Benoît XVI, 92 ans, a renoncé à sa charge en 2013. Il s’est décrit, tout récemment, comme un
un vieil homme à la fin de sa vie, lorsqu’il a reçu la chaîne de télévision bavaroise Bayerischer Rundfunk et le quotidien Muenchner Merkur.
Cette fragilité n’a pas empêché le pape émérite de prendre la plume pour exhorter le pape François à renoncer à toute idée d’ordonner prêtres des hommes mariés. Le livre, cosigné par le très conservateur cardinal Sarah, intitulé Des profondeurs de nos cœurs, sera publié en France, le 15 janvier, chez Fayard. Le Figaro en publie des extraits dans son édition du 13 janvier.
Comment expliquer cette initiative alors que Benoît XVI s’était engagé à mener une vie contemplative et à s’abstenir de toute déclaration susceptible de gêner son successeur ?
Qu'il nous foute la paix ce vieux prélat dont les neurones s'enfuient.Le Pape François veut moderniser l'église,bravo, nous l'appuyons et que l'ancien continue sa retraite sans s'occuper de François. A.G.
« Des erreurs à la mode »
Les auteurs se justifient par la gravité du sujet.
La similitude de nos soucis et la convergence de nos conclusions nous ont décidés à mettre le fruit de notre travail et de notre amitié spirituelle à la disposition de tous les fidèles à l’instar de saint Augustin. En effet, comme lui, nous pouvons affirmer : « Silere non possum ! » Je ne peux pas me taire !, écrivent les deux ecclésiastiques.
Il est urgent, nécessaire, que tous, évêques, prêtres et laïcs, retrouvent un regard de foi sur l’Église et sur le célibat sacerdotal qui protège son mystère, affirment-ils.
Ils demandent à toute l’Église de ne pas se laisser «
impressionner» par
les mauvais plaidoyers, les mises en scènes théâtrales, les mensonges diaboliques, les erreurs à la mode qui veulent dévaloriser le célibat sacerdotal.
Pas de hasard dans le calendrier
Le choix de la date n’a rien d’anodin. Le pape François doit en effet se prononcer prochainement sur l’une des propositions adoptées, au mois d’octobre 2019, lors du synode sur l’Amazonie : ordonner prêtres des diacres,
pouvant avoir une famille constituée et stable pour la célébration des sacrements dans les endroits les plus reculés de la région amazonienne.
Ce « cri d’alarme » de Benoît XVI et du cardinal Sarah met ainsi la pression sur le pape François. Les conservateurs craignent que l’exception amazonienne, si elle est validée par François, ne s’étende à d’autres zones qui manquent de prêtres. L’Église allemande, par exemple, se pose aussi la question et réfléchit à cette hypothèse.
Une dramatisation justifiée ?
Cette dramatisation du débat est-elle justifiée ? Il est permis d’en douter. Le célibat des prêtres souffre déjà de nombreuses dérogations : prêtres des églises orientales, prêtres anglicans convertis au catholicisme. Ces hommes mariés seraient-ils des « prêtres de seconde catégorie » ?
De plus, le célibat des prêtres n’a pas toujours été la règle dans l’histoire de l’Église catholique et n’est pas un dogme.
Une portée symbolique
Sur le fond, ordonner prêtres des diacres ne serait sans doute pas de nature à régler parfaitement le problème du manque de prêtres, mais la portée symbolique d’une telle décision est bien réelle.
Si François accepte cette ouverture, au demeurant modeste, il ferait preuve de pragmatisme et démontrerait que l’institution catholique est capable de s’adapter aux réalités pour diffuser plus largement le message de l’Évangile.
Un refus, inversement, de nature à satisfaire la branche la plus conservatrice de l’Église, serait interprété comme un nouveau signe de repli identitaire.
Légitime ?
Enfin, n’est-il pas curieux que ceux qui prônent l’obéissance au pape prennent publiquement la parole pour tenter de le déstabiliser au motif de détenir la vérité ? À défaut d’être juste, la démarche conjointe de Benoît XVI et du cardinal Sarah n’apparaît pas vraiment légitime.
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